Animation sur le roman épistolaire 2015

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Animation sur le roman épistolaire 2015

Message  Sandrinebibli le Lun 4 Jan - 14:15



De septembre à novembre 2015, nous vous avons proposé une animation autour du genre épistolaire, et plus particulièrement du roman, dans les antennes de Bruxelles, Charleroi, Louvain-la-Neuve et Namur. Pendant ces après-midis, nous avons mélangé les époques en transformant des extraits de lettres en sms du 21è siècle etc... Voici le résultat de ces mélanges. Dites nous ce que vous en pensez dans les commentaires ! Et nos collections regorgent de très chouettes romans épistolaires, correspondances historiques… qui gagnent à être découverts. La liste complète se trouve ici

Une lettre du 18ème siècle en mail de 2012 :

LETTRE II
LA MARQUISE DE MERTEUIL AU VICOMTE DE VALMONT au Château de...
« Revenez, mon cher Vicomte, revenez: que faites-vous, que pouvez-vous faire chez une vieille tante dont tous les biens vous sont substitués ?
Partez sur-le-champ : j'ai besoin de vous. Il m'est venu une excellente idée, et je veux bien vous en confier l’exécution. Ce peu de mots devrait suffire; et, trop honoré de mon choix, vous devriez venir avec empressement, prendre mes ordres à genoux: mais vous abusez de mes bontés, même depuis que vous n'en usez plus; et dans l'alternative d'une haine éternelle ou d'une excessive indulgence, votre bonheur veut que ma bonté l'emporte. Je veux donc bien vous instruire de mes projets: mais jurez-moi qu'en fidèle Chevalier vous ne courrez aucune aventure que vous n'ayez mis celle-ci à fin. Elle est digne d'un Héros: vous servirez l'amour et la vengeance; ce sera enfin une rouerie de plus à mettre dans vos Mémoires: oui, dans vos Mémoires, car je veux qu'ils soient imprimés un jour, et je me charge de les écrire. Mais laissons cela, et revenons à ce qui m'occupe.
Madame de Volanges marie sa fille : c’est encore un secret ; mais elle m’en a fait part hier. Et qui croyez-vous qu’elle ait choisi pour gendre ? Le Comte de Gercourt. Qui m’aurait dit que je deviendrai la cousine de Gercourt. J’en suis dans une fureur !... Et bien ! Vous ne devinez pas encore ? Oh l’esprit lourd ! Lui avez-vous donc pardonné l’aventure de l’Intendante ? Et moi, n’ai-je pas encore plus à me plaindre de lui, monstre que vous êtes ? Mais je m’apaise, et l’espoir de me venger rassérène mon âme.
Vous avez été ennuyé cent fois, ainsi que moi, de l’importance que met Gercourt à la femme qu’il aura, et de la sotte présomption qui lui fait croire qu’il évitera le sort inévitable. Vous connaissez sa ridicule prévention pour les éducations cloîtrées, et son préjugé, plus ridicule encore, en faveur de la retenue des blondes. En effet, je gagerais que, malgré les soixante mille livres de rente de la petite Volanges, il n’aurait jamais fait ce mariage, si elle eût été brune, ou si elle n’eût pas été au Couvent. Prouvons-lui donc qu’il n’est qu’un sot : il le sera sans doute un jour ; ce n’est pas là ce qui m’embarrasse : mais le plaisant serait qu’il débutât par là. Comme nous nous amuserions le lendemain en l’entendant se vanter ! Car il se vantera ; et puis, si une fois vous formez cette petite fille, il y aura bien du malheur si le Gercourt ne le devient pas, comme un autre, la fable de Paris.
Au reste, l’Héroïne de ce nouveau Roman mérite tous vos soins : elle est vraiment jolie ; cela n’a que quinze ans, c’est le bouton de rose ; gauche, à la vérité, comme on ne l’est point, et nullement maniérée : mais vous autres hommes ne craigniez pas cela ; de plus, un certain regard langoureux qui promet beaucoup en vérité : ajoutez-y que je vous la recommande ; vous n’avez plus qu’à me remercier et m’obéir.
Vous recevrez cette Lettre demain matin. J’exige qu’à demain à sept heures du soir, vous soyez chez moi. Je ne recevrai personne qu’à huit, pas même le régnant Chevalier : il n’a pas assez de tête pour une aussi grande affaire. Vous voyez que l’amour ne m’aveugle pas. A huit heures je vous rendrai votre liberté, et vous reviendrez à dix souper avec le bel objet ; car la mère et la fille souperont chez moi. Adieu, il est midi passé : bientôt je ne m’occuperai plus de vous. »
Extrait : Les liaisons dangereuses. Choderlos de Laclos. Paris : France-Loisirs, 1982. p. 8-9.

Mails de 2012:
« Revenez vite, j’ai eu une idée géniale, j’aimerais que vous m’aidiez à la concrétiser, et j’espère que vous vous soumettrez à ma volonté. Nous nous rencontrerons demain. Envoyez-moi un petit sms quand vous arrivez. Pour plus de précisions, veuillez trouver ci-joint un document en PDF.
Sincèrement vôtre,
La marquise de Merteuil

Ou
Hello vicomte de Valmont,
Je viens d’apprendre que Gercourt va épouser la de Volanges, petite fille de 15 ans, oie blanche. C’est l’occasion de nous venger de ce qu’il nous a fait avant, si tu parviens à la séduire avant son mariage. Sois chez moi demain à 17h pour mettre notre plan au point, puis pour le dîner, où tu pourras la rencontrer, ainsi que sa mère. On va le ridiculiser.
A demain sans faute, et après, on sera quittes.
Marquise de Merteuil.

Un télégramme de 1946 en sms :
« De Dawsey à Juliet
16 mai 1946

Chère Juliet,
Les préparatifs de votre arrivée sont terminés. Il ne nous reste plus qu'à vous attendre. Isola a lavé, blanchi et repassé les rideaux d’Elisabeth, chassé les éventuelles chauves-souris du conduit de cheminée, lavé les fenêtres, fait les lits et aéré les chambres.
Eli vous a sculpté une surprise, Eben a rempli votre abri à bois et Clovis fauché votre prairie, laissant des petits tas de fleurs sauvages pour votre plaisir. Amélia a organisé une grande fête en votre honneur. Ma seule tâche est de maintenir Isola en vie jusqu'à vote arrivée. Elle a beau être sujette au vertige, elle a escaladé le toit du cottage d’Elizabeth pour voir si toutes les tuiles étaient en place. Par chance, Kit l'a aperçue avant qu'elle atteigne l’avant-toit et est accourue pour me prévenir.
J'aimerais pouvoir faire davantage en attendant votre arrivée qui, je I’espère, est proche. Je suis heureux que vous ayez décidé de venir.
Mes amitiés,
Dawsey »

« Juliet à Dawsey
19 mai 1946

Cher Dawsey,
J'arrive après-demain ! Je suis bien trop lâche pour prendre l'avion, en dépit de l’appât du gin, j’arriverai par la navette postale du soir. Vous voulez bien transmettre un message à Isola de ma part? Dites-lui que je n'ai aucun chapeau à voilette, et que je suis allergique aux lys - ils me font éternuer. Je possède néanmoins une cape de laine rouge que je porterai pour qu’elle me reconnaisse.
Cher Dawsey, nul n'est besoin d'en faire davantage pour que je me sente la bienvenue à Guernesey, vous en avez déjà tous tellement fait. J'ai du mal à croire que je vais enfin vous rencontrer.
Avec toute mon amitié,
Juliet »
Extrait : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Mary Ann Shaffer. Auvers-sur-Oise : A Vue d'Oeil, 2009. (16/17). p. 281-282.

En sms :
« Tout est ok. On t’attend. Quelques surprises t’attendent… »
« Super. J’aurais ma capeline rouge. » + selfie d’elle-même en capeline rouge

Ou
« Nous t’attendons avec impatience. Quand arrives-tu ? Bisous  »
« J’arrive après-demain au bac de 18h30. J’aurais une cape rouge. Merci pour tous les préparatifs. J’ai hâte de vous voir tous. Amitiés. Bises et à bientôt ! »

Un échange sms en télégramme de 1946 et en lettre du 18ème siècle :
« Tu sais si tu viens à Pâques ? »
« Et si tu viens, tu restes combien de temps ? »
« Tu veux que je te prépare ta chambre ? Dis-moi vite, bisous bisous »
« Rien n’est décidé, je te tiens au courant »
« Je sais pas ce que tu crois, mais c’est pas un hôtel ici hein ! »
Extrait : Avec Maman. Alban Orsini. Paris : Chiflet & Cie, 2014.

En télégramme :
Mon très cher enfant,
C’est avec joie que nous t’attendons. Nous serons aux petits soins pour toi. Pour combien de temps seras-tu parmi nous ?
Je vais d’ores et déjà préparer ta chambre, tu resteras le temps qu’il te conviendra. Ici, le temps me paraît bien long sans toi. Je me réjouis à l’idée de ta venue. J’espère te retrouver en pleine forme.
Nous t’embrassons affectueusement,
Ta mère pour la vie

Chère maman adorée,
J’entends votre impatience de me retrouver, mais je ne peux rien affirmer pour le moment. Je vous tiens au courant dès que possible. J’essaierai dans une durée la plus courte possible de vous donner une réponse. Je suis également impatient de vous retrouver.
Je vous embrasse tendrement,
Votre fils

Lettre du 18ème siècle :
Mon très cher fils,
Afin de pouvoir passer d’agréables fêtes de Pâques, nous serions honorés que vous vous joigniez à nous pour célébrer dignement l’agneau Pascal. Nous suggérons que vous logiez chez nous, mais pour vous accueillir au mieux dans le domaine familial, voulez-vous bien nous signaler votre date d’arrivée, ainsi que si vous serez accompagné de votre valet, afin que nous puissions nous organiser pour préparer vos appartements.
Dans l’attente de vous revoir, mon cher fils, recevez nos affectueuses pensées.
Votre mère

Un mail de 2005 en une lettre du 18è siècle :

« De : bakbouk@hotmail.com
À : Gazaman@free.com
Objet : mes premiers pas (et inquiétude)
Cher Gazaman,
« Je commence par l’inquiétude : je n’ai pas de tes nouvelles depuis plusieurs jours. Je me dis que tu es comme ça : un type qui écrit quand il veut, qui se tait quand il veut, et que je dois m’adapter. Si tu habitais (allez, je tourne mon globe et je pose les doigts dessus au hasard) en Italie ou au Canada, je penserais que tu es très occupé, que tu as un contrôle d’histoire (si tu es lycéen), une histoire d’amour qui t’envahit (si tu es amoureux), une histoire d’amour qui te fait mal (si tu es très amoureux et elle, moins), un problème d’ordinateur (si tu as un ordinateur chez toi), une angine (si tu as toujours tes amygdales). Le problème, c’est que non seulement tu es un parfait représentant du conditionnel, mais en plus, tu habites à Gaza. (Où à Gaza, c’est encore une question. En ville ? Dans un camp de réfugiés ?). Aux informations, ils ont dit qu’il y avait une opération en cours en ce moment dans la bande de Gaza. Des activistes du Hamas ont été tués, quatre je crois, mais, si j’ai bien compris il y a eu aussi des civils tués ou blessés, selon les sources. J’ai regardé les images attentivement, c’était dans le camp de Khan Younes. J’ai pensé qu’il y avait une chance sur un million environ pour que tu sois sur ces images. Mais je n’ai aucun moyen de le savoir. Il y avait des femmes qui pleuraient en montrant une maison détruite par nos soldats, des hommes en colère, des enfants qui cherchaient leurs affaires dans les décombres. Je me suis dit : ça semble si loin. Pas loin comme un rêve inaccessible mais comme un cauchemar que l’on est soulagé de ne pas vivre. Oui, j’ai pensé ça. Que c’était terriblement triste une maison détruite. Que ça devait être dur de n’avoir pas grand-chose et tout à coup de n’avoir rien. Qu’il fallait ensuite dormir ailleurs, manger ailleurs. J’ai même pensé à ce que je ressentirais, moi, si ma maison était détruite, et je me suis sentie démolie à l’intérieur. J’ai espéré que tu ne sois pas sur ces images, que tu ne traverses pas ça ».
Extrait : Une bouteille dans la mer de Gaza. Valérie Zenatti. Paris : L’école des loisirs, 2008. (Medium). p. 79-80.

Lettre du 18è siècle :

Louvain, le 23 novembre 1815

Cher Louis-Philippe,
N’ayant pas de nouvelles de vous, je prends la plume pour en quémander. Que se passe-t-il ? Je m’inquiète de vous. Je me demande si les récents évènements de Waterloo vous ont touchés. Le bétail est-il toujours en vie ? Les cultures n’ont-elles pas été ravagées ? Avez-vous dû fuir votre demeure ? Votre domaine n’a-t-il pas été touché ? Une réponse de votre part nous rassurerait grandement. En espérant que vous vous portiez bien, vous et votre famille,
Avec toute mon amitié,
Marie-Charlotte.



Sandrinebibli

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Date d'inscription : 07/10/2015

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